C'est une histoire qui ne signifie rien, puisqu'elle n'a de rapports qu'avec le pur amour, avec la beauté, avec les tendres souvenirs nés de l'imagination et de la rêverie. Ce n'est même pas une histoire, c'est un geste, un mouvement du cœur. Une jeune femme, qui était aussi un de nos poètes les plus pénétrants et celui dont la divine mélancolie va le plus haut et le plus loin, eut l'idée charmante, se promenant à travers l'Archipel, de vouloir planter de sa main une touffe de violettes dans la terre même où avait vécu et aimé Sapho, à Mytilène, l'antique Lesbos.
Or dans ce temps, en vertu de je ne sais quel décret ou caprice de Sultan, il était défendu d'introduire aucune plante à Mytilène, qui est en effet possession turque. Mais l'amour connaît toutes les ruses et la jeune femme cacha dans son sein la touffe de violettes qu'elle voulait voir fleurir sur ce sol sacré. Je ne sais et personne sans doute ne sait ce qu'il est advenu de la petite touffe de violettes, mais les dieux l'ont peut-être prise sous leur protection, et peut-être que là-bas elle a encore quelque puissance. N'importe. Quelle qu'ait été la suite de ce geste, il est si délicat que j'ai voulu le noter, tel qu'il est venu à ma connaissance.
Seule, une femme, et une femme au cœur profond comme Renée Vivien, car c'est elle, en était capable. Vous qui aborderez à Mytilène et qui songerez à Sapho et à Lesbos, Mère des jeux latins et des voluptés grecques, songez aussi à la jeune femme qui porta dans son sein la touffe de violettes avec ses racines et sa terre et qui la planta tendrement aux pieds de l'idéale statue de la Poésie.
http://www.remydegourmont.org/vupar/rub2/vivien/notice.htm
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